Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 19:08

Dur, dur, long, éprouvant et un dernier tiers interminable dans un cadre magnifique : voilà le résumé de cette course.

Et puis est-ce une course ? Oui et non ; à aucun moment je n’ai couru pour battre quelqu’un. Dès que je me faisais rattraper (descente) je laissai passer de suite, jamais je n’ai poussé pour reprendre ou suivre celui qui était plus rapide. Cette course on l’a fait contre soi même et pour arriver au bout. Et la courtoisie et le savoir vivre entre coureurs est omniprésente.

Aujourd’hui je me demande comment j’ai pu courir aussi longtemps car malgré les moyennes très faibles il faut courir pour faire 18 heures surtout si l’on est un parfait nullard en descente technique. J’ai pu courir jusqu’au km 106 et les 500 derniers mètres avant l’arrivée. Le corps humain est étonnant, je savais que la tête faisait 50% des capacités mais sur la fin ça passe à 90%.

La course : approche la veille sympa, tous dans la Volvo et des bagages sur le porte vélo ; un peu à l’étroit quand même mais au moins on est dans l’ambiance.
A Nant c’est désert en comparaison avec la course des Templiers qui part dans 2 jours. Ca va être un grand moment de solitude.
On part à 4 heures du matin avec différentes approches sur les sacs qui vont de très léger (Yvan) à très lourd (Antoine). Je suis assez léger et pour moi c’est la bonne option. Il y a ce qu’il faut aux ravitos et les filles seront là pour nous aider.
Frontale sur la casquette, le peloton est compact et je sens que je ne suis pas dans un forme éblouissante, ces dernières semaines ont été dures sur le plan professionnel et je le sens ; la journée va être longue. Toute la bande qui me chambre depuis des heures pour me convaincre que je peux faire dans les 70 et 16 heures se trompe et je ne me laisse pas berner. Je pars tout doux et je resterai à ce rythme ; si les autres suivent tant mieux sinon je partirai devant mais sans forcer.
Il fait froid, énormément de vent, on met les vestes dans le St Guiral et je la garderai tout le reste de la course. Je suis avec Greg et Yvan et on est synchrones, pauses pipi communes et perte de temps mini. Bertrand nous rattrape après une descente et le début de la course se passe tranquillement à l’écoute de son corps en espérant que rien ne viendra perturber la mécanique. Je suis toujours OK mais toujours pas la pêche des grands jours. La partie nocturne est interminable, on attend de voir le paysage.
Quand le jour est levé je me dis que j’ai déjà couru 4 heures, que je vais continuer pendant toute la journée et que quand la nuit viendra je serai encore obligé de courir, ça me semble irréel.

On arrive à Dourbie au 39 km presque groupés. Les filles sont là qui aident, mais à ce stade on pourrait presque s’en passer.
La montée du Suquet démarre, en haut commence un interminable chemin en faux plat montant et descendant sur plus de 10 bornes et j’alterne 80% course et marche ; je prends le large et je vois que sur le plat je cours beaucoup plus vite que ceux qui sont autour de moi. Le peloton a explosé et les écarts se creusent très vite.
Arrivée au ravito à la mi-course avant le mont Aigoual, je suis seul et les filles me disent que j’ai l’air bien (avez-vous vu le film Papillon quand Steve Mc Queen répond au vieux tout décharné qu’il a l’air bien ?), je change de maillot, je recharge les gourdes et repars ; mais c’est vrai, après 57 kms je suis encore pas mal.
La montée est très facile mais en haut un froid de canard et un vent de folie ; on a 1 kms à courir sur le sommet, c’est infernal ; en redescendant je double un gars en chaussettes courtes et flottant de cap. Il a les jambes blanches comme la mort et il a l’air mal.

Le prochain ravito est au 70 et je commence à sentir la fatigue, les paysages sont magiques, on est souvent seul et comme toujours je double sur le plat et je me fais doubler sur les descentes. Je cours 100% des parties planes et des descentes roulantes et je suis à 7,2 de moyenne soit la moyenne (merci le GPS) que j’ai réalisée sur les Templiers 2007. Je me dis qu’il y a un truc qui cloche car sur le plat je courais beaucoup plus vite, je comprendrai après.
Ravito où je retrouve les filles qui me donnent les écarts et m’encouragent, j’ai « toujours l’air bien ».
Je repars en faisant un « Lap » à ma montre pour voir la moyenne des tronçons qui viennent car je sais que l’orga a annoncé que la course commençait au 70 ème. Les kilos défilent et je suis toujours à plus de 7 km/h de moyenne.
Le prochain ravito est maintenant mon objectif, 15 bornes. Au bout de 10 je commence à vraiment sentir la Grosse fatigue arriver. Je prends ma première gamelle dans un passage technique. La descente que je connais (Templiers 07) n’arrive pas et on a déjà fait 15 bornes. Mais il est où ce p… de ravito ? Presque 20 kms en fait et j’arrive à sec d’eau et je suis aussi très sec. La survie commence mais je sens que je peux gérer dans ce mode et que je dois pouvoir finir. Je me fiche du temps et du classement (du moment que les copains sont derrière… !).
On en est au 87, il reste donc 30 kms et ça me semble interminable alors que je crois que la fin ressemble au début. Si j’avais su ce qui m’attendait je pense que j’aurais hurlé.
Je vais arriver au km 100 de jour et ensuite j’aurais au moins ½ heure de jour et donc maxi 1,5 heures de nuit. Ca c’est la théorie et la pratique sera tout autre.
Les 13 kms qui m’amènent au dernier ravito sont durs et achèvent l’organisme ; je ne ralenti pas trop cependant, mon physique tient le coup mais je bois de plus en plus. La tête gère la carcasse.
Dernier ravito et la nuit tombe, quand je sors du hangar j’allume la grosse frontale qui tiens 4 heures à pleine puissance que Julia m’a passée à Trèves.
Le terrain est technique, très vallonné, dur et avec la nuit tout devient encore plus difficile. Je vois mal le relief, je cherche mes appuis et je sens que j’ai du perdre ma lucidité quelque part dans un fossé. Comme depuis le début les côtes sont face à pente et je bénis les bâtons qui soulagent énormément les jambes mais les bras, les épaules et plein de muscles se réveillent.
Et voilà le meilleur qui arrive, la crème sur le gâteau : la fameuse descente sur Cantobre. Des rochers blancs qui ont pris l’humidité du soir, avec un peu de terre c’est devenu une patinoire souvent au bord de précipices, c’est hyper dangereux, on voit mal, ça glisse de partout, aucune chaussure n’accroche, je prends gamelle sur gamelle et à chaque fois je me relève en étant tout heureux de n’avoir mal nulle part. Je râle, je peste, j’en ai marre et je retombe ; je ne sais plus comment aborder cette saloperie de descente et il faut pourtant bien que je la passe ! Nouvelle gamelle je me raccroche au bâton en tombant en arrière et pan le bâton carbone explose. Normal, pas de soucis de qualité, un alu aurait plié aussi.
Finalement j’arrive en bas en me disant que je vois enfin le bout, il ne doit reste que 6 kms, petite montée et descente et c’est fini.
Que nenni ! Plus loin on m’annonce 9 bornes ! On repart dans un canyon tout juste défriché où je trouve Julia et Sephora. Je pense que je vais manquer d’eau donc je remplis ma gourde vide, un bisou et c’est reparti, je n’en peux plus mais je garde le rythme.
La montée du roc Nantais est interminable, je double des gars qui sont hagards dans la nuit, tout le monde a perdu la notion des choses. On marche en attendant la fin du supplice. Je repense à mes pires nuits à moto dans le désert, les mêmes sensations. Enfin le haut parleur de la sono, il faut encore redescendre tout ça ; tous ceux que je viens de passer me repassent dans les racines, les descentes dans les cordes, j’attends la fin car celle là c’est vraiment la dernière. Le goudron, enfin, le pont, je cours vers l’arrivée, mes jambes sont légères, une bonne bosse ; je m’en fiche je cours car j’ai la pêche et je passe la ligne d’arrivée.
La veille on s’était donné ses temps pronostics, j’avais dit 18h30 ; j’ai mis 18h40…et 3h30 pour faire les 16 derniers.
Je suis mal classé, normalement je finis dans les 10% mais là c’est 25%, mais bon je suis finisher et ce truc de malade est fini et bien fini.
Je n’ai pas toute ma tête, je pers mon téléphone qui est dans ma poche, je reviens le chercher et je laisse ma médaille, on me la rend et je repars dans le mur…Sephora m’a dis que je ne finissais aucune phrase.
Massage, petit repas et les filles nous ramènent au gite.

A chaud je pense qu’avec ce genre d’épreuve on franchit allègrement la limite du raisonnable. Heureusement que la saison est finie…
Le trail c’est génial, c’est super mais halte à l’inflation du kilométrage d’autant que les organisateurs durcissent les courses en y mettant de plus en plus de dénivelé.
La bonne distance c’est de 25 à 70 kms.
Pour l’UTMB je vais attendre d’avoir un peu oublié, c'est-à-dire 8 à 15 jours…

Et puis pour finir bravo à Greg, Yvan, Bertrand et à Antoine dont le genou ne peut tenir plus de 50 bornes. Tous des guerriers car ils ont fait 5 à 15 kms de plus dans la nuit.
Merci aux filles qui ont été un soutien précieux et merci à ceux qui nous ont suivis et encouragés.
RDV aux Vulcains !
Gégé

Par Greg
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